Haïti, la «Perle des Antilles», terre où la négritude s'est mise debout pour la première fois, Première République Noire Indépendante (1er janvier 1804),
connaît la pire catastrophe naturelle de son histoire. Sa capitale, Port-au-Prince, a été littéralement foudroyée par un séisme d’une rare violence. Les images diffusées par les médias sont intenables. Rien que des scènes de destruction, de désolation et d’horreur. Les familles sont endeuillées et la population toute entière est atteinte physiquement, psychologiquement et matériellement par cette calamité sans précédent. Le patrimoine immobilier est détruit, y compris le Palais présidentiel. L’auteur canado-haïtien Dany Laferrière, utilisant une boutade, a dit que ce Palais était la plus belle maison de la ville, raison pour laquelle tous les Haïtiens voulaient être président.
Selon les séismologues, Port-au-Prince repose sur la faille dite "Enriquillo-Plantain Garden", qui va d'est en ouest et divise la partie sud de l'île. Elle est située entre les villes de Pétionville et Tiburon. Cette faille repose sur la frontière de la plaque tectonique des Antilles et celle de l'Amérique du Nord. Le séisme a été déclenché quand les plaques tectoniques ont glissé dans des directions opposées le long de la faille verticale. Le tremblement de terre d'Haïti s'est produit en surface, ce qui l'a rendu encore plus violent.
J’ai décidé d’écrire ces quelques lignes pour présenter mes condoléances et témoigner ma sympathie et ma solidarité au le peuple haïtien en souffrance.
Je compte beaucoup d’amis haïtiens à Montréal et ici à Ottawa. J’ai fait leur connaissance à l’Université et dans le milieu professionnel. Ils m’ont tous donné l'envie de connaître un jour le pays qui les avait vus naître. Je n’oublierai jamais la description, sous tous les angles, qu’ils me faisaient du Pays de Toussaint Louverture. C’est ainsi que des endroits comme le marché Caribbean, Mousseau, Pèlerin, Canapé-Vert, Pétionville, Cité Soleil me sont devenus presque familiers. Je suis encore stupéfié par leurs récits surles prouesses et miracles des prêtres vaudou, sur les immenses statues des héros de la nation haïtienne du Champ de Mars et sur les minibus ‘tap-taps’ auréolés de couleurs vives et de symboles religieux qui rappellent les cars rapides de Dakar au Sénégal.
En ces moments difficiles, nous sommes tous haïtiens. Je dirais en créole : Kenbe pa lage (Tenez bon, n'abandonnez pas!). Vous n’êtes pas seuls devant cette hécatombe. La communauté internationale se mobilise d’Ottawa à Canberra en passant par Washington et de Beijing à Londres en passant par Jérusalem. Même si cette énorme catastrophe vient encore nous rappeler l’impuissance de l’homme contre le déchaînement de la nature, il n’en demeure pas moins qu’il peut faire face aux dégâts en posant des gestes d'humanité et de solidarité internationale à la hauteur de la catastrophe. La solidarité internationale est décidée à aller au-delà des promesses. Elle va traiter l’urgence et s’occuper aussi des problèmes de fond en déployant une arme de reconstruction massive de la capitale et des institutions pour sortir ce pays, si assoiffé de bonheur, du cercle vicieux de l’espoir et de la damnation.
Devant les images insoutenables diffusées par les chaines d’information continue, je me console un peu en lisant ‘Pays sans chapeau’, le chef-d’œuvre de l’auteur haïtien Dany Laferrière, publié en 1996 chez Lanctôt Éditeur.
Pays sans chapeau, c'est ainsi qu'on appelle l'au-delà en Haïti parce que dit-on, personne n'a jamais été enterré avec son chapeau.
Je termine, le cœur meurtri, par ce message d’espoir délivré ce matin par Dany Laferrière lui-même : "Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c'est la seule chose que Haïti a produite. Ça va rester. Ce n'est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d'avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c'est le peuple. C'est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie. Il ne faut pas se laisser submerger par l'événement."
Peuple d’Haïti debout et en avant pour la reconstruction.
Le remaniement tant attendu est intervenu. La composition du gouvernement dirigé par le frère Souleymane N’déné N’diaye est maintenant connue. Je tiens, tout d’abord, à féliciter le nouveau Premier ministre et à lui souhaiter beaucoup de succès. Je me réjouis de cette nomination d’autant plus que Jules est un pur produit du parti démocratique sénégalais (PDS) et du mouvement des étudiants libéraux. C’est de lui que j’avais hérité le poste stratégique de chargé des relations extérieures des étudiants du PDS. Je voudrais, ensuite, partager avec vous mes constats et impressions à chaud, suite à la lecture de la composition du 6ème gouvernement du Sénégal depuis l’alternance.
Symbolisme dans le choix
En choisissant Souleymane, le président Wade a joué la carte de la jeunesse, de la politique, du succès, de la fidélité et de l’engagement.
En formant le gouvernement le 1er mai, journée internationale du travail, le Chef de l’état et le Premier ministre mettent en avant le travail, c'est-à-dire une meilleure gouvernance et une satisfaction des besoins populaires comme principaux axes d’orientation de la nouvelle équipe.
Statu tu quo sur le nombre de femmes et bon dosage géographique
Il y a toujours cinq femmes dans le gouvernement.Mais il ya pas de quoi fâcher la junte féminine d’autant que, Me Wade, le champion de la promotion de la femme va nommer une vice-présidente. Le dosage géographique a été bien effectué. Toutes les régions du pays sont représentées.
Un gouvernement toujours pléthorique
La nouvelle équipe dépasse la trentaine de membres et notre pays continue toujours de battre le record du monde du nombre de ministres d’États. Beaucoup de sénégalais s’attendaient à ce que Gorgui tienne en compte la crise budgétaire pour dégraisser le gouvernement de manière significative.Mais quoi qu’il en soit, je suis persuadé que ce n’est que partie remise. Mon Gorgui s’attaquera au train de vie de l’État en sabrant dans d’autres secteurs.
Entrée en force de la Génération du concret et diminution drastique des PDS de souche
Le fait marquant du lancement sur orbite de l’équipe de Jules est sans doute l’entrée remarquable du Chef de file de la Génération. Karim Wade, fils du Chef de l’État, devient Ministre d’État et hérite du super portefeuille de la coopération internationale, de l’aménagement du territoire, des transports aériens et des infrastructures.Je me félicite de cette nomination et du courage du Chef de l’État. Karim a maintenant une nouvelle occasion de convaincre les sénégalais et d’aller à la rencontre du destin présidentielle que son papa lui a tracé. En d’autres termes, il doit démontrer que ses aptitudes managériales dépassent le cadre de l’organisation d’un sommet. Il ne sera pas dépaysé, loin de là. Une cohorte de membres ou sympathisants de son mouvement l’accompagne au gouvernement. N’dèye Khady Diop, notamment, hérite d’un super ministère, comme son chef de file. C’est une deuxième chance que le président Wade accorde à Karim, après l’échec des élections locales. Hormis, Jules, les rares PDS de souche en qui Gorgui a fait confiance pour figurer dans le gouvernement sont Bécaye Diop, Oumar Sarr, Habib Sy et Khoureichy Thiam. Un autre fait surprenant, c’est le choix porté encore une fois sur Thierno LO au détriment de Modou Diagne Fada. Tout le monde sait que la représentativité de Fada est sans commune mesure avec celle de Thierno. Les néo-libéraux et les socio-démocrates remportent une nouvelle fois la palme de la représentativité.
Manque de cohérence et de concision dans l’appellation de certains ministères
J’ai été frappé par le manque de concision et de cohérence dans l’appellation ou le libellé de certains ministères.
Quelques exemples de manque de cohésion :
- La sécurité alimentaire n’est logée ni au ministère de la santé et de la prévention, ni au ministère de l’environnement mais au ministère de la famille. Ce ministère ne possède, à ma connaissance, aucune expertise pour contrôler et déceler notamment les nuisances réelles ou potentielles dans la composition des aliments ou des médicaments.
-La syndicalisation des agriculteurs n’est pas rattachée au ministère du Travail. La cohérence voudrait que la syndicalisation relève du ministère du Travail. Il est étonnant que l’on parle des agriculteurs et non des cultivateurs. Nous savons tous qu’il y a très peu d’agriculteurs mais beaucoup de cultivateurs au Sénégal et que le droit syndical est déjà garanti par la constitution.
Quelques exemples de manque de concision :
-Le ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature, des Bassins de rétention et des lacs artificiels. C’est comme si la protection de la nature, les bassins de rétention et les lacs artificielles ne font pas partie de l’environnement.
-Le ministère de l’Enseignement Supérieur, des Universités et des Centres Universitaires Régionaux.Ce libellé ignore les écoles et instituts d’enseignement supérieur et fait une distinctionentre l’enseignement supérieur, les universités et les centres universitaires régionaux. C’est tout simplement ridicule. Il faut changer cela très rapidement.
-Le ministère de l’Énergie et des biocarburants. Les biocarburants ne sont qu’une forme d’énergie. Vous me permettrez de faire une blague en disant que ce ministère aurait pu s’appeler ministère de l’électricité d’autant que le pouvoir peine encore à assurer une fourniture régulière de l’électricité.
C’est la première fois que je vois autant d’incongruités dans un texte officiel.
Ces manquements s’expliquent par le fait que les rédacteurs des appellations des ministères ne sont pas des professionnels de l’administration publique. Ce sont peut être des agents du marketing. Ils ont voulu, peut être, donner à certaines dénominations une connotation qui puisse, dans certains cas, ressortir, en filigrane, certains aspects du mandat ou de la mission des ministères. Peut être aussi ont-ils voulu anticiper sur la dénomination des secteurs ou des directions des ministères concernés. En tout état de cause, tout cela est une aberration. En administration publique, chaque ministère a une appellation précise, une mission précise et un mandat précis qui découlent de la stratégie générale de l’exercice de la mission de l’État.
Pour terminer, je recommanderais au président Wade et à son Premier ministre de rompre avec l’archaïsme consistant à remettre une lettre de mission aux ministres. En lieu et place, je suggère qu’ils définissent pour chaque ministère, un mandat, une mission et des résultats attendus en termes de gestion, de prestation de service,d’orientation et d’amélioration, et enfin qu’ils exigent de chaque ministère la production de plans et priorités, d’une architecture des activités de programmes et la présentation sur une base annuelle un rapport ministériel sur le rendement.
J’ai reçu beaucoup de commentaires et de questions de militants et sympathisants du PDS, d’alliés du président Wade, d’opposants à son régime, de sénégalais se réclamant d’aucun bord et d’observateurs étrangers de la scène politique sénégalaise. Je vous remercie tous de vos commentaires et questions. Comme je ne peux répondre à chaque message, j’ai choisi de répondre à quelques questions qui, à mon avis, résument l’ensemble de vos préoccupations du moment.
Q : Je trouve vos réflexions très pertinentes. Pourquoi n’écrivez-vous pas directement au président Wade au lieu de publier vos réflexions sur internet? Je pense qu’elles sont plus importantespour Gorgui que pour les internautes.
R : Je constate que vous avez lu et apprécié mes réflexions. Cela démontre qu’elles sont importantes pour des internautes comme vous. Il y a parmi les internautes des responsables et de simples militants du parti. Il est important, pour ceux-là, de lire des analyses ou des commentaires de gens avec qui ils partagent le même combat et la même philosophie politique et qui plus est,sont indépendants d’eux et ne sont pas mêlés à l’exercice du pouvoir. Vous savez, Internet est l’instance la plus démocratique qui existe au monde. Y publier des réflexions participe du débat démocratique. Cela dit, j’écris souvent des notes au président de la république. Je perçois cela comme une participation personnelle. Mais il faut toujours garder à l’esprit que ce que nous lui écrivons peut ne pas lui parvenir.
Q : Je suis ton frère de parti. J’ai lu ton analyse les sur les facteurs explicatifs de la défaite de la coalition Sopi 2009 et je la partage. Après avoir écouté le discours à la nation du président de la république, le 3 avril, penses-tu qu’il a vraiment décodé le message des urnes?
R : Je te remercie mon cher frère. J’espère que tu as gagné dans ta localité. Le président Wade a affirmé dans cet extrait de son de discours : "Tirant les leçons de ce scrutin, je voudrais vous redire mes chers compatriotes, que j’ai bien compris vos messages : besoin de changement réel dans la gouvernance et satisfaction des besoins populaires. Nous ferons de notre mieux et vous jugerez". Meilleure gouvernance, satisfaction des besoins et faire mieux font partis des messages que j’avais décodés. Maintenant, il reste à savoir comment cela va se concrétiser. Certes, le chef de l’État n’a pas dévoilé une stratégie ou un plan de mise en œuvre, mais nous devons lui faire confiance. Je n’ai aucune raison de douter de sa bonne foi. Mais, ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas de petites réformes par-ci et par-là, quelques changements de postes ici et là ou des promesses supplémentaires qui lui permettront d’y arriver. Il doit, comme je l’ai déjà souligné, opérer des changements en profondeur tant dans la gouvernance de l’État que du parti.
Q : Pensez-vous qu’il est utile d’avoir un premier ministre et un vice-président en même temps? Pensez-vous que nous avons besoin d’une vice-présidence?
R : Le chef de l’État a parlé d’un poste de premier ministre ou d’une vice-présidence qu’il compte confier à une femme. Cela peut se comprendre d’autant plus qu’il croit fermement à la nécessité de donner aux femmes toute la place qu’elles méritent. Il est certainement, l’un des présidents au monde, quia le plus œuvré pour la promotion des femmes dans tous les secteurs de la vie économique, politique et sociale de son pays. Franchement, je ne pense pas que nous ayons besoin d’un(e) vice-président(e) nommé(e) par le président de la république. Ma conception de la vice-présidence est proche du modèle américain ou sud africain. Le président Wade doit éviter d’entrer dans des schémas qui raviveront la dualité au sommet de l’État. Maintenant, deux scénarii peuvent se réaliser, après bien sûr, une révision constitutionnelle :
Premièrement, le Chef de l’État peut supprimer le poste de premier ministre pour redonner ses prérogatives à un(e) vice-président(e) nommé(e). À mon avis cela n’apportera rien de concret dans le changement de gouvernance promis, sinon qu’un changement d’appellation du Chef du gouvernement.
Deuxièmement, il peut instaurer une vice-présidence tout en maintenant le poste de premier ministre. Ce faisant, il donnerait au peuple, le message qu’il n’a plus les capacités de gouverner et qu’il ne jouerait plus qu’un rôle symbolique, son vice-président exerçant la réalité du pouvoir, par procuration. S’il continue d’exercer effectivement la réalité du pouvoir, alors, c’est le vice-président ou la vice-présidente qui, cette fois, jouerait un rôle symbolique. De mon point de vue, un tel rôle serait totalement utile, voire un gaspillage de plus. En d’autres termes, cela voudrait dire que le chef de l’État n’avait pas bien décodé le message des urnes consistant à réduire le train de vie de l’État.
Q: Vous soutenez la suppression du sénat alors que Doudou Wade nous dit que le président ne peut le supprimer ? N’est-ce pas là encore une contradiction entre libéraux?
R : Je ne suis pas de cet avis. Le frère Doudou Wade a émis un point de vue parlementaire, à savoir que la suppression du sénat ne peut se faire que par une modification de la constitution par le bais de l’assemblée nationale ou par la voie référendaire. Mon assertion se situe du point de vue politique. Me Wade, en tant que leader de la majorité parlementaire, peut supprimer le sénat par le biais de sa majorité; en tant que président de la république, il peut aussi demander au peuple de se prononcer par référendum sur la suppression. Donc Doudou Wade et moi sont en phase sur ce point précis. Par ailleurs, il semble y avoir un consensus sur la suppression du sénat. Cette institution est la plus impopulaire du pays, malgré les efforts qu’elle a déployés pour établir sa crédibilité. La supprimer ne serait donc pas une mauvaise chose.
Q: Pourquoi continuez-vous à vous réclamer d’un parti dont vous jugez assez sévèrement la gestion et le comportement de plusieurs de ses responsables?
R : J’ai décidé de jeter un regard critique sur le parti et le comportement de certains responsables, parce que j’aime ce parti et je veux qu’il soit moderne et plus performant. J’ai participé au combat de ce parti depuis ma tendre jeunesse jusqu’à aujourd’hui. J’ai toujours milité dans ce parti par conviction. Je mène un combat pour que le PDS cesse d’être ce parti vieillot et archaïque pour se démocratiser davantage, se moderniser, se renouveler et s’adapter à son rôle de parti dominant le pouvoir. Je continuerai à tirer sur la sonnette d’alarme jusqu’à ce que cela se réalise. Il y a un choix à faire : Soit moderniser, renouveler et redynamiser le PDS maintenant, soit attendre de retourner dans l’opposition.
Q: Ton parti a perdu les élections. Le régime de Wade est fini. Ton PDS est mort. Ne perd pas ton temps.
R : Je trouve ton propos prématuré. C’est très léger de votre part de décréter la fin du régime sur la seule base de la défaite de notre coalition aux élections locales. Je t’invite à faire le distinguo entre perdre une bataille et perdre la guerre. Je pense aussi que tu as tord de sous-estimer aussi notre capacité à changer et à rebondir. Crois-moi, je ne perds pas mon temps. Ce que je fais témoigne de mon engagement de toujours. Je te donne rendez-vous en 2012.
Q : Que pensez-vous de la Génération du Concret? Pensez-vous que Karim a les capacités pour succéder à son père?
R : Je pense que la Génération du concret (GC) doit se dissoudre dans le PDS. C’est un mouvement qui, au départ, prétendait évoluer à la périphérie du PDS, pour soi-disant le renforcer. Au finish, nous avons constaté, non seulement qu’il n’est composé que de libéraux ou de gens qui profitent du fruit du PDS, mais que leur apport est loin d’être significatif. Qui plus est, la GC n’est pas étrangère à la raclée que nous venons de subir, surtout à Dakar. Elle a crée un flou artistique dans le parti. En se fixant comme objectif avoué de conquérir le pouvoir à l’intérieur même du pouvoir, elle a fait fausse route. Ses membres ont raconté des histoires au leader du PDS, l’ont monté contre certains militants et responsables et l’ont amené à croire qu’il n’y a pas de salut en dehors de la GC. Ils ont poussé tousles responsables du parti à adhérer ou à soutenir publiquement leur mouvement et combattu avec acharnement tous ceux ou celles qui ne leur sont pas favorables. Ils doivent se rendre à l’évidence qu’ils ne pourront jamais réussir à saborder ou à phagocyter le PDS. S’ils connaissaient, tant soit peu l’histoire de notre parti, ils ne se seraient gardés d’emprunter une telle voie. Le PDS est, et sera, le seul instrument de conservation du pouvoir pour nous les libéraux. La génération des bâtisseurs doit donc se dégonfler, renter dans les rangs et apprendre à respecter ceux qui se sont sacrifiés pour conduire Gorgui au pouvoir.
S’agissant de Karim Wade, plus particulièrement, je ne le connais pas assez pour juger de ses capacités à succéder à son père. En tant que sénégalais, il peut avoir une ambition présidentielle. Il doit maintenant se résoudre à utiliser la voie du PDS ou y aller avec sa propre bannière. La stratégie de phagocytage ou d’endiguement du PDS au profit de son mouvement ne peut plus prospérer. Il doit faire une introspection, décrypter et tirer les leçons du message que les dakarois lui ont envoyé le 22 mars dernier. Les travaux de l’ANOCI n’ont servi à rien, électoralement parlant.
Q : La Cap 21 dit, chiffre à l’appui, que la coalition Sopi 2009 a gagné les élections. Vous dites le contraire. Étant donné qu’elle appui le régime, pourquoi n’êtes-vous pas sur la même longueur d’ondes qu’elle?
R : Je voudrais vous dire, de prime abord, que rien ne m’oblige à être sur la longueur que la Cap 21. Ensuite, j’ai dit que l’analyse de la Cap 21 n’est pas fausse, loin delà, mais elle est, à mon avis, incomplète et trop partisane car ignorant des faits extrêmement importants.
Primo, une comparaison de la réalité issue du scrutin du 22 mars à celle qui prévalait antérieurement aurait permis aux leaders de la Cap 21 de se rendre compte que le PDS et ses alliés n’ont pas été victorieux, mais qu’ils ont, au contraire, perdu beaucoup de terrain. Il s'y ajoute le fait que la coalition Sopi 2009 a gagné 105 localités sans aucune concurrence.
Secondo, les résultats du scrutin révèlent que nous avons perdu des bastions, comme Dakar, Pikine, Guédiawaye, et j’en passe. Le seul fait de perdre Dakar et sa région est, en soit, une énorme défaite. Elle est d’autan plus amer que le président de la république a perdu dans son propre bureau de vote et dans son quartier du Point E. Ce qui fait que Me Wade habite maintenant dans un quartier dominé par l’opposition et vit dans une capitale dominée par l’opposition. En d’autres termes, le président de la république est cerné de toutes parts par l’opposition. Ce qui nous est arrivé est à la limite une humiliation. La défaite aurait été plus dramatique si nous n’avions pas gagné à Kébémer.
Tertio, les leaders de la Cap 21 ont perdu de vue que des villes comme Dakar, Thiès, Diourbel, Saint-Louis, Kaolack, Fatick qui constituent le poumon économique du Sénégal, sont tombées dans l’escarcelle de l’opposition nonobstant le fait que les réalisations du président Wade ont été plus importantes et plus significatives dans ces villes.
La Cap 21 y voit une victoire arithmétique, moi j’y vois une défaite politique sans précédente pour le pouvoir.
Q : Vous avez dénoncé le complot contre Macky Sall alors que vous aviez soutenu celui contre Idrissa Seck. Pourquoi êtes-vous plus favorable à l’un qu’à l’autre?
R : Je tiens à préciser que je ne suis favorable ni à l’un ni à l’autre. Je ne suis favorable qu’à mon Secrétaire général national. Idrissa Seck a été exclu suite aux évènements que nous connaissons. Nous l’avons combattu parce qu’il avait franchi le rubicon. Et si c’est à refaire nous n’hésiterons pas. Le président de la république l’avait accusé publiquement de malversations financières. Il a réitéré ses accusations au lendemain des élections présidentielles de 2007. Je n’ai en ma possession aucun élément pouvant corroborer la thèse d’un complot dans le cas d’Idy. C’est pourquoi, je continue à soutenir que le blanchiment total d’Idy par la justice doit être un préalable à son retour au PDS. Il y va de la crédibilité du président Wade, de Mara lui-même, de la justice et du pays. Nous savons qu’il a fini de bénéficier du pardon du Président Wade et, qu’en conséquence, la décision définitive de la justice n’est plus qu’une formalité. Son retour pourrait renforcer le parti à la seule condition qu’il tire les leçons de sa brouille avec le Secrétaire général national et range aux oubliettes la gestion clanique et régionaliste qui le caractérisait et s’érige en rassembleur. Concernant Macky Sall, le complot visant à le pousser à la sortie est un secret de polichinelle. Tout libéral doit dénoncer la violation des droits et libertés. Ma dénonciation du complot orchestré contre Macky relève de cette logique. Je souhaite ardemment que Macky Sall, Me Doudou N’doye, Massokhna Kane et Jean-Paul Diaz retrouvent aussi la famille libérale.
Q: Êtes-vous favorable au retour d’Idrissa Seck? L’avez-vous pardonné?
R : Ce retour ne relève pas de moi. Il relève du Secrétaire général national. Seul ce dernier peut lui accorder son pardon et il l’a fait. Ce pardon équivaut à celui tous les militants et militantes.
Je souhaite seulement qu’il tire les leçons du passé et retienne que Me Wade est l’actionnaire ultra-majoritaire du PDS.
Q : En tant qu’ancien conseiller municipal, comment appréciez-vous la perte de la ville de Pikine incluant votre commune d’arrondissement de Pikine-Nord?
R : La perte de Pikine est un énorme gâchis. La désunion des responsables, la mal-gouvernance des collectivités locales, les mauvaises investitures, la léthargie des structures fédérales, le clanisme érigé en mode de fonctionnement et l’absence de leadership local affirmé ont entrainé la capture de ce bastion libéral par l’opposition.
Q: J’ai lu dans la presse qu’Aminata Tall a suspendu ses activités au PDS. Cela ne vous inquiète-t-il pas, vous qui prônez l’unité du parti?
R : J’ai appris, comme vous, la suspension des activités de la Fédération de Diourbel. Il y a là un message que le Secrétaire général national doit décrypter. Je souhaite qu’il reçoive la sœur Aminata Tall pour trouver un terrain d’entente avec la Fédération de Diourbel dans les meilleurs délais. Il est inconcevable qu’on essaie de la tasser pour faire la place aux transhumants ou à des inconnus au bataillon. Elle a subi beaucoup d’injustice et de promesses non tenues. Il y a des gens, sans scrupule, qui veulent pousser cette brave dame vers la sortie. Elle ne mérite pas ce qui lui arrive. Il est temps qu’elle retrouve une station compatible avec sa stature de femme d’État.
Depuis 2011, je ne suis membre d'aucun parti politique.
Les articles que je publie dans ce blog n'ont aucun lien avec ma travail en tant qu'Économiste Conseiller Principal à ECCC